COMPTE-RENDU DE LA SEMAINE DE MOBILISATION LIEE A LA « GRATIFICATION » DES STAGES (20-27 septembre 2010)
- Préambule - Origine du mouvement des ES 3ème année de l'ESSSE Valence - Actions menées - Poursuite du mouvement et perspectives |
PREAMBULE
En 2006 fut votée la loi sur « l'égalité des chances » … de laquelle découle deux décrets (2008-96 et 2009-885) réglementant les stages en entreprise et ouvrant droit notamment à une « gratification » (environ 30% du SMIC) des stages de l'enseignement supérieur... Mais « hic »... Qui donc va payer l'élan de lutte sociale contre la précarisation des étudiants ...? Un droit certes, mais dont l'application reste inopérante sans le dégagement de financements...
ORIGINE DU MOUVEMENT
Nous avons décidés, élèves de 3ème année en formation éducateur spécialisé, d'organiser un mouvement de bloquage de nos entrées en stage à partir du 20 septembre 2010. A l'origine de cette mobilisation, différentes raisons :
- Trois de nos collègues dits « gratifiables » n'avaient pu trouver de structures qualifiantes prêtes à les accueillir faute de budget alloués à cet effet, et se retrouvaient donc « en rade ».
- Le constat de la récurrence du problème de mise en stage (pénurie des sites qualifiants gratifiants) qui bien évidemment se pose chaque année dans les centres de formation. A noter que les mouvements de contestation dans les différentes formations du social ont débuté dès 2008.
- Différentes sources d'information traitant du retrait du métier d'éducateur de la catégorie « métiers sous tension », mettant de ce fait en péril l'allocation de formation pôle-emploi prévue pour les travailleurs s'engageant dans la formation ES. Et de ce fait, une augmentation inévitable du nombre de stagiaires « gratifiables ».
- Une lassitude exaspérée vis-à-vis des solutions individuelles bricolées au cas-par-cas, et de la mise en parenthèse du projet de formation de l'étudiant faute de choix possible ... D'où la prise de conscience d'une nécessité de construire et faire vivre collectivement une réflexion politique.
ACTIONS MENEES
Finalités... : se faire entendre, se faire comprendre, être en mesure de transmettre.
Blocage de la mise en stage :
Durée du bloquage : une semaine reconductible (votée à quasi-unanimité)
Le sens de ce blocage résidait dans le fait d'alerter les structures de stages nous accueillant sous le statut de stagiaires non-gratifiables, car déjà rémunérés par les ASSEDICS. En effet, les collègues les plus précaires et donc « gratifiables » ayant pu décrocher un stage se sont eux par contre rendus sur leur terrain (5 personnes). Alerter les institutions, car elles sont les partenaires de la formation en alternance, et qu'elles doivent être à ce titre sensibilisées aux difficultés que nous, étudiants, rencontrons. Sensibilisées, pour que le monde professionnel puisse nous accompagner dans cette mobilisation.
Nous avons donc envoyé à chacune d'elles un courrier d'information expliquant la situation, et les invitant à nous rejoindre pour un sitting organisé le 23 septembre avant la manifestation contre la réforme des retraites.
A noter que nous avons fait face à des réactions négatives de la part de quelques terrains de stage peu enclins à la « désobéissance citoyenne » de l'étudiant : incompréhension et injonction de présence en stage, positionnement contre le principe même d'une indemnisation des stagiaires. Au contraire, d'autres terrains de stage nous ont manifesté soutien et encouragements.
D'autre part, l'information de ce blocage devait être nécessairement transmise à l'autorité de tutelle de la formation sociale (DRJSCS, anciennement DRASS)... Soit donc une première manière de se faire entendre.
Communication :
Ensemble, nous avons pu largement communiquer sur le démarrage de la mobilisation, ainsi que sur ses raisons. Nous avons interpellé différentes instances et acteurs de la politique sociale, les médias, les centres de formations, les étudiants.
Les échanges avec les salariés et responsables de L'ESSSE, avec les associations militantes rassemblant les centres de formations (GNI-AFORTS), ainsi qu'une recherche sur les mobilisations en cours (CRAETS) ont permis, avec pertinence, de nourrir et orienter nos axes de réflexion.
ü Les autorités en Rhône-Alpes et Drôme:
Elles animent localement la politique de l'Etat. Le remaniement récent des différents services concernés n'a pas rendue la communication facile, faute de lisibilité. Nous avons cependant contacté par courriers et mails :
La Direction Régionale Jeunesse, Sports, Cohésion Sociale (DRJSCS)
Le Préfet de Région
La Direction Départementale de la Cohésion Sociale
Le Préfet de la Drôme
Nous avons obtenu un entretien avec M. Raud de la Direction des Solidarités (CG 26). Les stages en travail social dans les services du CG restent très peu nombreux (environ 10 pour 90 étudiants ES par an). Le département de la Drôme s'est proposé d'examiner des situations d'étudiants au cas-par-cas, et s'est positionné en faveur d'un « forcing » sur les institutions du privé. Il s'est « engagé » à transmettre à nouveau l'information de la pénurie de stages en travail social à l'association des départements de France...
ü Les professionnels et établissements du secteur médico-social :
Nous nous sommes servis de nos contacts présents et passés (anciennes structures de travail ou de stages) afin de tenter d'impliquer un maximum de professionnels sur l'action de manifestation. Certains s'étant par ailleurs déjà investis par le passé dans le mouvement de mobilisation.
ü Les organisations étudiantes :
L'association du CRAETS (Collectif Rhône-Alpin des Etudiants en Travail Social) est engagée depuis deux ans dans la revendication pour le financement d'Etat de la gratification des stages en travail social. Ayant pris contact avec ses membres de Lyon, nous avons aligné nos positions, concordantes, sur celle du collectif rhône-alpin.
Nous avons également pris contact avec le Collectif National d'Etudiants en Travail Social (CNETS), l'Union National des Etudiants de France (UNEF) et l'ONES (Organisation Nationale des Educateurs Spécialisés) afin de les informer de notre mouvement.
ü Le réseau des centres de formation :
L'ESSSE est affiliée à L'AFORTS (Association Française des Organismes de Formation et de Recherche en Travail Social). Cette association est en passe d'intégrer un réseau national unique (UNAFORIS) qui regroupera également le GNI (Groupement National des Instituts de travail social). Des entretiens téléphoniques avec des responsables régionaux (dont M. Allonneau, directeur de l'ESSSE) de ces deux organismes se sont déroulés. Premièrement positionnés en faveur de la requête d'un financement d'Etat pour la gratification des stages, le discours se fait aujourd'hui nettement plus pessimiste, et la revendication semble « s'effriter » :
La rencontre prévue avec les autorités de l'Etat, représenté par Mme Nadine Morano, secrétaire d'Etat à la famille et aux solidarités a été annulée.
Des débats remettant directement en cause le droit à la gratification de stages sont à l'œuvre dans certains centres de formation. Le moratoire voté par le Sénat (gelant le décret sur la gratification et « éliminant » ainsi le problème du manque de fonds) semble cependant actuellement « enterré », mais l'information n'est pas confirmée et n'engage pas pour autant le Parlement à travailler sur une procédure réglementaire délimitant des solutions de financement.
La ligne gouvernementale (DRJSCS) s'attache donc ainsi à faire pression sur le secteur privé et les Conseils Généraux (prix de journée), lesquels déplorent en retour, le manque de budget disponible. L'application du droit des étudiants à la gratification se trouve ainsi aux prises d'un cynique renvoi de balles entre partenaires financeurs de la politique social. Nous nous retrouvons donc ainsi à nouveau devant le constat affligeant d'un désengagement notoire de l'Etat dans la promotion de ses propres mesures et responsabilités.
ü Les étudiants :
Nous avons développé plusieurs formes de communication à destination des autres élèves en travail social, qui seront eux-mêmes tôt ou tard confrontés au problème :
ESSSE Valence : Affichages, tracts mails, échanges informels et interventions dans les autres promotions pour expliquer les raisons du blocage des stages et l'action de manifestation.
Via les banderoles « débordantes » de l'école, le quartier et les passants ont été informés de nos activités de contestations.
Autres écoles : information « mailée » sur l'ensemble du territoire national par le biais des secrétariats des centres de formation. Nous avons à ce jour reçu quelques réponses de collectifs étudiants en travail social déjà mobilisés sur la question.
ü Les organisations syndicales :
Nous avons demandé le soutien de syndicats lors de notre action de manifestation. Nous avons pu bénéficier d'un appui pratique (ex : déclaration en préfecture) et physique en terme de présence sur place de la part de militants de SUD, de la CGT, de la CFDT.
Des conseils par rapport à la délimitation précise des contours de nos revendications nous ont été apportés.
ü Les médias :
Nous nous sommes mis en lien avec plusieurs médias locaux, régionaux et nationaux. Dans la semaine, deux « encarts » sont parus dans Le Dauphiné et ce dernier ainsi que France Bleu radio se sont déplacés pour nous rencontrer sur la manifestation. NRJ nous a cités dans ses informations quotidiennes du 22/09/10.
Manifestation :
Nous avons décidés d'organiser un sitting devant la Direction Départementale de la Cohésion Sociale à Valence. Nous souhaitions interpeller un acteur local de la politique sociale gouvernementale. Rappelons que le principe du droit à la gratification des stages pour les étudiants découle de la Loi 2006-396 du 31 mars 2006 sur « l'égalité des chances ». La gratification des stages traite en effet du problème de la précarité dans laquelle vivent un grand nombre d'étudiants tous secteurs confondus en France (environ 225 000), et celle de la discrimination dans les statuts et les revenus : alors que le choix d'un stage n'est pas censé reposer sur la question du statut de l'étudiant (salariés de la formation professionnelle bénéficiaires d'Assedics, « Congé Individuel de Formation » en cours d'emploi... etc) mais sur celle du projet individuel de formation, celui-ci devient aujourd'hui déterminant afin de trouver un stage en travail social...
Nous sommes restés environ une heure devant la DDCS, soutenus par des étudiants d'autres promotions de l'ESSSE Valence, des professionnels du secteur, des représentants des syndicats. Nombre de présents...? Difficile à estimer : 100 ? 200 ?
Nous avons effectué la demande d'être reçu par le directeur ou autre représentant de la DDCS afin de dialoguer et faire part de nos inquiétudes quant à l'avenir de la formation et donc du métier, mais cette demande est restée sans suite.
Nous voulions symboliquement nous adresser à l'Etat et à son gouvernement, et ce dernier nous a plus que symboliquement ignoré, arguant un domaine de compétence (celles de la DDCS) inapproprié à nos revendications... Ou comment morceler la responsabilité en matière de politique sociale jusqu'à la dissoudre...
POURSUITE DU MOUVEMENT ET PERSPECTIVES
En fin de semaine, 2 des 3 collègues ont décroché un stage gratifié (une piste pour le troisième). Nous avons voté vendredi 24/09 le retour, ou plutôt l'entrée en stage. A noter que ce vote est loin d'avoir fait l'unanimité (15/25 votants). Les enjeux de la troisième année de formation et l'inquiétude de perdre son stage ont pris le dessus. Néanmoins, nous avons décidé de transformer notre action en quelque chose de plus construit et pérenne. Quelques pistes ont été lancées, comme la mise en place de réunions régulières, la tentative d'implication (notamment pour la nécessaire transmission) des étudiants de 1ère et deuxième année, ainsi que la création d'une antenne du CRAETS sur Valence.... Toute idée est à regarder... A SUIVRE
Comme disait Daniel MERMET cette semaine dans là-bas si j'y suis, émission qui passe sur France-Inter, « l'histoire sociale hésite... »
Hésiterons-nous longtemps...?
Le Collectif ESP7
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